Les champignons au service de l'agriculture; la révolution des mycorhizes

le 26 janvier 2016

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http://ici.radio-canada.ca    le 24 janvier 2016 par Aubert Tremblay

 

Depuis leur apparition sur Terre il y a des centaines de millions d'années, les plantes collaborent avec les champignons pour vivre. Elles les nourrissent, ils les nourrissent. C'est donnant donnant. Mais jusqu'ici, toutes les techniques agricoles ont été développées sans en tenir compte.
 

Ça se passe dans toutes les forêts et dans tous les champs du monde. Presque toutes les plantes actuelles sont liées aux champignons. Le phénomène pourrait nous permettre de faire une agriculture plus durable, moins polluante et à moindre coût. Une nouvelle révolution verte à venir?

Le lieu d'échange entre le champignon et la plante s'appelle mycorhize. « Myco » pour champignon et « rhize » pour racine. Ce phénomène peut prendre plusieurs formes.

Dans les forêts boréales, par exemple, les ectomycorhizes dominent. Il s'agit d'un champignon qui forme un manchon autour des fines racines des arbres et des plantes, et qui se glisse entre les cellules végétales. C'est là qu'il offre à la plante les minéraux qu'il a puisés dans le sol, dans le bois mort et même dans la pierre. En échange, la plante lui fournit les sucres qu'elle a fabriqués avec la photosynthèse. La plupart des champignons comestibles récoltés dans les bois sont de ce type.

Dans les champs, la relation est encore plus intime : le champignon entre dans la cellule et s'y ramifie. C'est la mycorhize arbusculaire. Ces champignons sont pratiquement invisibles à l'oeil nu et ne sortent pas de terre. Ce sont de grands spécialistes du transport : leurs cellules se sont soudées et n'ont même pas de parois transversales. Elles forment de longs filaments, véritables tuyaux où les nutriments circulent en continu.

Si les plantes collaborent avec les champignons, c'est qu'ils sont plus efficaces qu'elles pour explorer le sol. Leurs filaments sont plus fins, leur structure plus simple, ce qui leur permet de pousser en dépensant bien moins d'énergie. Mais surtout, ils sont de bien meilleurs digesteurs. Ils sécrètent des acides leur permettant de se nourrir de bois mort et même de dissoudre les éléments minéraux de la pierre.

Pour ce faire, les champignons sont aidés par des bactéries qui recouvrent leurs filaments. Ces dernières sont encore plus efficaces que les champignons dans la solubilisation des minéraux. Les bactéries tirent bien sûr profit, elles aussi, de ces échanges. Le champignon est leur véhicule de transport et leur donne accès aux sucres de la photosynthèse. C'est donc un ménage à trois, plante-champignon-bactérie, chacun partageant ses repas avec les autres.

 

Un phénomène sous-utilisé en agriculture

Comme ces phénomènes étaient ignorés, les champs ont toujours été fertilisés en nourrissant directement la plante. Ça oblige à rendre les minéraux solubles, à faire nous-mêmes le travail des bactéries et des champignons. Mais c'est un procédé industriel lourd et polluant. Le phosphore minéral, par exemple, doit être traité à l'acide sulfurique. Pire : une fois dans le sol, la plus grande partie du phosphore soluble redevient minéral. Sans compter que tout ce phosphore ajouté aux champs nuit aux champignons mycorhiziens. Comme ils ne sont plus utiles, ils ne se développent plus. La fertilisation actuelle des champs est donc un grand gaspillage polluant, puisqu'une partie de ce phosphore se retrouve dans les cours d'eau.

Les mycorhizes pourraient même faire diminuer sensiblement la quantité de pesticides utilisés en agriculture. De nombreuses études ont en effet montré que les champignons mycorhiziens protègent les plantes contre leurs ennemis (souvent des champignons eux aussi!).

Quelques entreprises, dont Premier Tech à Rivière-du-Loup, offrent aux agriculteurs des champignons à ajouter au semis, et même des semences déjà enrobées de spores. Les résultats sont prometteurs (rendement 10 % supérieur, protection accrue contre les maladies), mais tout reste encore à faire.

On commence à peine à faire des essais en champ en offrant aux plantes à la fois le minéral non traité, les champignons mycorhiziens et les bactéries qui leur sont associées. Il faudrait même revoir la sélection génétique des plantes, puisque les variétés actuelles ont été choisies en fonction de leur capacité à absorber la nourriture qu'on leur donne. Autrement dit, on les a nourris à la petite cuillère; on pourrait presque dire qu'elles ont oublié comment collaborer avec les champignons.

 

Article coplet sur http://ici.radio-canada.ca/nouvelles/environnement/2016/01/24/001-mycorhizes-revolution-verte-champignons.shtml

 

 

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