« Le sol en France est mort. Il lui faudra 50 ans pour lui redonner vie »

Le 11 décembre 2015, Dominique Duffy

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« Le sol en France est mort. Il lui faudra 50 ans pour lui redonner vie » Interview Lydia et Claude Bourguignon sur  Radio Néoplanète le 5 décembre.

Lydia et Claude Bourguignon  ont crée  un laboratoire d'analyse de sol, le LAMS,  spécialisé dans l'étude écologique de profil cultural pour restaurer la biodiversité des sols de terroir afin d'améliorer la qualité, la typicité des vins et des denrées agricoles.

Pour eux,  il est grand temps que les agriculteurs réapprennent à mettre de la vie dans leurs sols.  Ils  nous expliquent comment les sols deviennent de plus en plus compacts en France, du fait de la mort de leur microbiologie (microbes, microchampignons et "petites bêtes"). (voir vidéo ci-dessous)

 

 

En cause: les pesticides, les engrais chimiques, le labourage...

 

Partout, les terres s’épuisent et risquent de ne plus pouvoir nourrir l’humanité. L'érosion des sols, liée aux productions intensives, le déclin de la biodiversité ou des vers de terre, accéléré par l’usage massif de la chimie, ou encore la progression inexorable du béton des villes et des routes qui stérilise à jamais notre bonne vieille glèbe.

Les labours trop profonds entraînent une baisse de la qualité et de la quantité de la matière organique en surface, perturbent la faune et exposent les sols à l’érosion. L’emploi excessif d’engrais chimiques et du désherbage exterminent faune et bactéries. Et les cultures intensives, lorsque toute la plante est utilisée, y compris la tige et les feuilles, privent les sols de la matière organique qui les alimente. L’absence de haies ou de cultures « de couverture », qui protégeaient les sols, favorise l’érosion. Leur lessivage entraîne la mort chimique.

 

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« C’est un problème plus grave encore que le réchauffement climatique », prévient Daniel Nahon, professeur de géosciences à l’université Paul-Cézanne d’Aix-en-Provence.

 

La qualité des sols agricoles se dégrade. Au point, selon certains experts de mettre en cause la capacité à nourrir les humains. « Les sols s’érodent, se dégradent, perdent de leur fertilité, poursuit le chercheur. On considère à tort qu’ils vont produire éternellement. Mais, un jour prochain, on n’observera pas seulement une chute de la productivité, mais une non-production. »

Dix millions d’hectares de terres arables sont détruits et abandonnés chaque année dans le monde à cause de pratiques agricoles non soutenables, décrit David Pimentel, professeur à l’université Cornell aux États-Unis et spécialiste des sols.

Or pour nourrir la population mondiale grandissante, il faudra doubler la production agricole dans les prochaines décennies. Une impossible équation. « Aujourd’hui, 0,27 hectare est disponible par personne (2700 m2). Dans quarante ans, à cause de la perte de terres et de l’augmentation de population, il restera seulement 0,14 hectare par personne », souligne une étude à laquelle a participé David Pimentel. Soit tout juste 1/6ème de terrain de foot.

 

 

Il faut environ 500 ans pour former 2,5 cm de couche arable

 

Prenant la parole à la Conférence sur les changements climatiques des Nations Unies à Paris, Duncan Cameron, professeur de biologie végétale et des sols de l'Université de Sheffield a déclaré la perte de sol est une catastrophe mondiale actuelle qui aura des effets catastrophiques sur la production alimentaire mondiale.

Un tiers des terres arables de la planète a été perdu par l'érosion ou la pollution dans les 40 dernières années.

L'adoption de pratiques telles que l'agriculture sans labour sera essentielle pour éviter de nouvelles pertes qui affectent la production alimentaire mondiale.

 

 

Toujours plus d'inondations en France et toujours plus de sécheresse

 

L'appauvrissement des sols agricoles depuis quelques décennies a supprimé cette double capacité de pénétration et d'absorption. Compte-tenu des surfaces considérables consacrées à l'activité agricole, ce sont des volumes d'eau véritablement astronomiques qui se retrouvent désormais à ruisseler au lieu d'atteindre les nappes prhéatiques, causant inondations et sécheresse.

Pourtant cette capacité d'infiltration est particulièrement cruciale lors des pluies violentes, c'est-à-dire lors des épisodes orageux. Un sol agricole vivant (en particulier riche en vers-de-terre) et bien structuré peut absorber entre 40 et 100 mm d'eau en une heure (voire 300 mm/h, cf. travaux de Marcel Bouché, INRA, 1990) et joue donc un rôle d'amortisseur des pluies d'orage. À l'inverse, la plupart des sols agricoles dégradés actuels n'absorbent qu'un à deux millimètres d'eau avant d'être immédiatement saturés en surface ; tout le reste (c'est-à-dire la quasi-totalité) ruisselle alors massivement et provoque des débordements violents des cours d'eau.

 

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L'eau stockée dans le sol peut éviter le recours à l'irrigation

 

 

Lorsqu'un sol vivant et riche en matière organique absorbe l'eau apportée par les pluies hivernales, il ne se contente pas de protéger les territoires d'aval contre les inondations. Il permet également de stocker la ressource hydrique au bénéfice des cultures qui se développeront au printemps et en été.

 

Même si une irrigation raisonnable est parfois nécessaire, son recours est souvent la conséquence, ici encore, de la destruction de la terre agricole par l'agriculture conventionnelle. Avant d'envisager des infrastructures destructrices pour faire face aux sècheresses estivales croissantes, le B-A-BA de l'agronomie consiste à reconstituer la structure et la matière organique des sols eux-mêmes. Pourquoi aller chercher l'eau dans des rivières déjà fragilisées, alors que le premier et élémentaire espace de stockage de l'eau se situe directement dans les champs ? En effet, la plupart des régions soumises à une sècheresse estivale croissante du fait du dérèglement climatique sont précisément celles qui sont soumises à des pluies meurtrières en hiver. Ce paradoxe devrait pourtant stimuler la réflexion !

 

Ce n'est qu'une fois que la capacité de stockage hydrique des sols agricoles (réserve utile) a été restaurée qu'il est possible d'envisager des systèmes d'irrigation (dont je ne nie pas l'intérêt voire la nécessité pour certaines cultures et dans certains milieux très spécifiques : certaines terres, même améliorées par l'agriculture biologique, conservent des capacités de rétention limitées). Dès lors, ces dispositifs d'irrigation sont bien moins coûteux, bien moins destructeurs de milieux naturels et bien plus faciles à gérer.

 

 

 

Le sol, un outil de lutte contre le dérèglement climatique

 

 

Par leur rôle d'éponge, des sols vivants et bien structurés peuvent ainsi jouer un rôle régulateur face au dérèglement climatique en cours, à la fois en limitant fortement l'ampleur des inondations et en assurant un apport hydrique aux cultures. Mais l'intérêt des sols agricoles va au-delà : ils peuvent également aider à lutter contre l'emballement de l'effet de serre.

 

En effet, les sols peuvent être de formidables « puits de carbone », puisqu'ils en stockent des quantités considérables dans leur matière organique. Jusqu'au milieu du XXe siècle, les terres de la planète contenaient 3 à 4 fois plus de carbone que l'atmosphère – mais cette proportion a nettement baissé sous l'effet du labour profond et de l'usage des produits chimiques qui réduisent la richesse organique des sols. Autrement dit, les sols agricoles tendent actuellement à « déstocker » du carbone et donc à contribuer à l'augmentation de l'effet de serre, ce qui est un contresens total puisqu'ils devraient au contraire jouer un rôle d'amortissement. Dans certains terroirs français, les sols ont perdu 60 % de leur carbone en 60 ans. Il est temps d'inverser la tendance !

 

 

 

Des pratiques qui devraient être incontournables

 

 

Il se trouve que les pratiques agronomiques qui permettent d'améliorer la capacité des terres agricoles à stocker le carbone sont en grande partie les mêmes qui leur permettent de retrouver leur rôle d'éponge hydrique (puisque ce rôle dépend justement de leur richesse en matière organique, donc en carbone). Il est donc urgent de s'attacher à couvrir le sol en hiver, à pratiquer des cultures associées, à réimplanter des légumineuses à la place du recours à la fertilisation azotée, à limiter le labour, à limiter (voire supprimer) les pesticides qui affaiblissent la vie microbienne du sol et ses différentes fonctions, à travailler et planter perpendiculairement aux pentes, à réimplanter des haies, des bandes enherbées, des talus et des points d'eau, à pratiquer l'agroforesterie, etc.

 

 

L'ensemble de ces techniques se retrouvent dans les préconisations de l'agriculture biologique.

Faut-il s'étonner si la Soil Association (Grande-Bretagne) et le Rodale Institute (États-Unis) ont montré que les sols conduits en agriculture biologique peuvent absorber jusqu'à 400 kg de carbone (1 500 kg de CO2) par hectare et par an, et sont de très loin les plus efficaces pour stocker l'eau et lutter contre la sècheresse ?

 

 

Nous connaissons les solutions, qu'attendons-nous pour les mettre en œuvre ?

 

 

Vidéo instructive

La TERRE nous parle, écoutons-la !

La complainte de la terre par Marine Estla

Je suis souillée, salie, droguée
Je ne donne plus de moi ce que je voulais
De beaux légumes,
De beaux fruits
Des animaux sains
La main de l'homme me fait mal
Quand vont-ils comprendre que je suis née avant eux
Mes racines sont profondes
Mais à force de les mal mener
Elle vont se détériorer
Quand vont -ils prendre conscience du mal qu'ils font
Quand vont-ils comprendre
Que les insectes sont là pour faire fructifier, voir soigner les plantes
Quand vont-ils comprendre
Que la sagesse, ce n'est pas faire du rendement à outrance
Mais donner juste ce que l'on a besoin
Respecter les saisons
Savoir attendre le bon moment
Pour cuisiner les aliments à chaque saison
Humain réveillez-vous.....
J'en ai assez
Ne m'abandonnez pas
Aimez moi.......

Marine Estla


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